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Pour un plan Wahlen de l’énergie. (Par Jacques Neirynck)  

 

 

Pour un plan Wahlen de l’énergie. (Par Jacques Neirynck)

Nous nous engageons dans un vaste débat politique sur la taxe CO2 et les alternatives qui permettraient à la Suisse de respecter ses engagements internationaux. On en parlera suffisamment ailleurs de façon vague, passionnelle et idéologique. Bornons-nous ici à l’aspect strictement technique.

Après que le problème du réchauffement climatique ait été nié pendant une décennie malgré l’évidence, on est maintenant confronté au problème réel de diminuer notre production de CO2. L’objectif est très modeste : ramener cette pollution à son niveau voici dix ans. Une politique lucide consisterait plutôt à cesser de produire plus de CO2 que ce que la planète peut en absorber naturellement. On y arrivera tôt ou tard. Car le stock de pétrole, de gaz naturel et de charbon n’est pas inépuisable.

Que faire concrètement en Suisse ? D’abord cesser de gaspiller. Un rapport de l’Académie suisse des sciences techniques montre comment épargner la moitié de l’énergie dissipée. Appliquons-le. Même si cela prend du temps. Plus tôt nous commencerons, mieux cela vaudra. Ensuite recourir systématiquement aux énergies non polluantes : solaire, éolienne, géothermique, hydroélectrique.

Enfin et surtout mettre en route un programme de production de combustibles d’origine agricole. L’avantage évident de cette troisième solution est d’attaquer le problème du paysannat, menacé d’asphyxie dans sa situation actuelle. Un combustible d’origine biologique s’inscrit dans un cycle fermé de CO2 et résout le problème posé.

Quelles sont les tentatives dans ce sens ? La Régie fédérale des alcools propose un projet Etha+ consistant à produire annuellement 47 millions de litres d’alcool par fermentation de blé, de pommes de terre, de mélasses et de petit lait. Une usine à Delémont serait à proximité de Bâle pour profiter de l’apport d’alcool d’origine brésilienne, rendu dans notre port à 0,5 CHF le litre ! On peut se demander si un projet d’une telle ampleur ne reflète pas l’obsession de la centralisation sous prétexte d’optimiser le rendement financier.

Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement et monter des unités légères, à proximité des lieux de production agricole pour éviter la plaie des transports ? Eco Energie Etoy transforme la graine de colza en ester à raison de 150.000 litres par mois. Biocarb travaille les huiles usagées à raison de plusieurs milliers de tonnes par an. L’ADER, l’association pour le développement des énergies renouvelables, lance un projet Betalcool qui travaillera des betteraves non lavées (économie d’eau !). On souhaite à toutes ces entreprises un appui résolu de nos autorités et de nos financiers.

Pourquoi ? Parce qu’ils s’agit ici de sauver non seulement la planète en général, mais aussi le paysannat suisse en particulier, dont nous pouvons avoir besoin en cas de crise grave pour assurer nos besoins vitaux. Plutôt que de diminuer les paiements au producteur, si l’on veut faire un effort de sauvetage de l’agriculture, il faut trouver d’autres moyens. Dans le cadre de la taxe sur le CO2, il existe la possibilité d’utiliser une partie ce cette taxe pour de tels investissements. Cette voie serait utile ici, plutôt que d’acheter des parts de pollution dans le tiers monde.

JN 17 février 2005